750 ANS DE FOIRE
À TARASCON SUR ARIÈGE
Les périodes troubles de la Croisade des Albigeois sont à peine terminées que le 13e siècle voit l'émergence des grandes foires.
Les foires de Beaucaire en Provence, les foires de la Saint Siffrein de Carpentras, et de la Saint André d'Avignon sont des lieux d'échanges entre deux cultures, entre deux zones climatiques, entre deux terroirs géologiques et géographiques.
Les foires de Tarascon sont certainement les plus anciennes de l'Ariège.
Tarascon au carrefour des vallées, lieu de passage obligé entre la plaine et la montagne, entre le Comté de Foix, la Catalogne et l'Aragon, s'affirme le lieu privilégié des échanges commerciaux d'où la pérennité des grandes foires du 8 mai et du 30 septembre.
Les foires constituent les rouages essentiels de l'ancien appareil économique :
ce sont des plaques tournantes des principaux échanges.
On peut considérer que les foires de Tarascon sont antérieures à l'acte de 1258 qui légalise les pratiques déjà mises en place.
Par un acte de 1258, Roger IV, Comte de Foix, donne à la ville de Tarascon le droit de leude et de mesurage : c'est-à-dire le droit de posséder des poids et mesures.
Ces fameuses mesures creusées dans un bloc de granit sont restées scellées dans le mur de façade de l'église de la daurade jusqu'au 19e siècle et ont disparu lors de leur transfert vers la nouvelle halle aux grains (construite en 1885). Ces mesures sont nécessaires pour les transactions lors des foires et marchés.
1300 : Roger Bernard IV Comte de Foix, confirme les actes passés par Roger IV. Et, pour la première fois, apparaît la dénomination de «champ de foire» (camp de fierro). Le Comte de Foix donne aux Consuls de Tarascon le «Champ de Foire».
1301 : confirmation à nouveau des dons de 1300 sur le foirail.
1304 : autre confirmation avec en plus 2 règlements :
le 1er relatif au commerce du vin et de la vendange
le 2e concernant le commerce intérieur de la ville
1333 : Les habitants de Quié, Florac et Banat étaient exempts du droit de coupe ou mesurage des blés et grains qu'on y récoltait et qu'on vendait hors du marché de Tarascon ; ils ne payaient qu'un demi-droit pour ceux qu'ils vendaient aux marchés de cette dernière ville. Le procureur voulut les priver de cette prérogative ; la cause fut portée devant le juge- mage du comté ; celui-ci nomma un commissaire qui, le 5 mars, maintint les habitants de ces trois localités dans leur privilège.
Tous ces actes font donc remonter les foires aux années 1250.
1390 : Gaston Phoebus fait dresser les pôles des feux du Comté (ce qui correspond aujourd'hui à un recensement de la population).
Tarascon compte 201 feux et, en acceptant une moyenne de 4 personnes et demie par feu, on parvient à une population de 905 habitants. Tarascon apparaît dans le comté comme une petite ville.
Les foires élèvent la cité à un rang supérieur à celui des villages environnants. Elles font apparaître le bourg plus important et elles donnent un nouvel essor au commerce local.
Saurat, au pied du Col de Port, loin de l'axe de communication du Val d'Ariège, malgré une population double de celle de tarascon, ne sera jamais le pôle économique du secteur.
Les foires de Tarascon attirent une foule bariolée où se mêlent :
- les maquignons catalans et aragonais venus à la recherche des ânes, mules et chevaux de Mérens qui font la réputation des foires,
- les maquignons gascons et provençaux qui viennent plus particulièrement chercher les bovins de la race gasconne,
- les mégisseurs et tisserands qui se disputent les toisons renommées des moutons et brebis de la très rustique race tarasconnaise, les pelletiers et fourreurs qui s'approvisionnent en hermines, genettes, loutres et renards qui feront la fierté et la joie des bourgeois, des hobereaux et des hommes de lois,
- les forgerons et ferronniers qui s'arrachent barres et rondins sortis des célèbres forges du Vicdessos et de la Courbière,
- orfèvres et bijoutiers qui négocient paillettes scintillantes d'or et lingots d'argent tirés à grand peine de l'Oriège et des eaux tumultueuses de l'Ariège,
- batteleurs et comédiens qui marchandent les oursons et les aiglons capturés dans les montagnes du Sabarthès.
Durant des siècles, les foires de tarascon restèrent les plus célèbres et les plus importantes de l'Ariège. Les échanges s'intensifiant, Tarascon doit agrandir le foirail (1834) (ADA 2.0 1715), construire une halle aux grains (1885) (ADA 2.0 1716) puis une halle aux pommes de terre (1905), ainsi qu'une bascule publique (1872) maintes fois remplacée (ADA 2.0 17 ), mettre en place un octroi et son règlement (ADA 2.0 1732), créer 7 nouvelles foires en 1868 ce qui porte les foires à 12 par an (ADA 135 EDT F10).
Les foires et marchés de Tarascon servent de référence pour les prix pratiqués lors des transactions. Les mercuriales sont écrites sur le fourleau tenu par le responsable des foires et marchés de la commune et sont communiquées au Préfet (ADA 135 EDT F11).